lundi 16 octobre 2006

"Avant la haine"

Hier, j'ai vu Dans Paris, le dernier film de Christophe Honoré. Celui à qui l'on doit aussi Ma mère, adaptation du livre tratrache de Bataille avec le même Louis Garrel, c'est-à-dire nu, rebelle et souvent horizontal. Idem pour Romain Duris qui déprime sec dans son gilet Deschien : ça pleure et ça veut plus manger, ça se tord dans les draps de tristesse et ça traîne son chagrin jusqu'au pied du sapin de Noël. Pendant ce temps, son frère joue à colin-maillard avec une amoureuse et un vocabulaire choisi. En fait, le film aurait pu s'appeler Dans un lit. Mais bon...

Tout se passe à Paris, essentiellement, sauf une scène sur la question de savoir s'il va pleuvoir et si l'autre s'en fout. C'est devant un grand tas de merdre. C'est la campagne qui pue. Paris n'est pas mieux, faut pas croire : appartement miteux, cendriers toujours pleins, chemises maculées, douches tout habillés. N'importe quoi ! A la fin, même l'écran a l'air un peu gras... du coup, je soupçonne Honoré de vouloir obliger le spectateur à penser qu'il faut aller voir derrière, que les doigts sont sales pour que la caresse n'en soit que plus pure, que le teint est blafard mais cache une âme subtile et vraie. C'est possible, ça existe. J'ai connu un garçon comme ça, qui faisait des photos de nus dans son appart tout crade. Mais à l'intérieur de lui, c'était beau comme un lac de montagne.

Et puis, il y a ce moment où Paul (Romain Duris) chante avec Anna (Joana Preiss). Au-delà du clin d'oeil appuyé à la Nouvelle Vague, des têtes d'affiche et de la brutalité de la fin qui vous sert une bonne heure de conversation sur un plateau ("il avait plus de pelloch ou quoi ? mais non, c'est symbolique..."), il faut voir Dans Paris pour entendre ces quelques minutes. Coincées entre du jazz bon teint et Girls in Hawai, elles font un peu tache, un peu Michel Legrand - Parapluies de Cherbourg. Renseignements pris, c'est Alex Beaupain qui en est l'auteur. Il a fait d'autres choses et notamment un blog où l'on voit que c'est un garçon qui doit être fort attachant. Sa chanson s'appelle "Avant la haine". Beaupain fait des trucs passablement nostalgiques mais c'est son droit.

C'est déjà assez triste quand on ne s'aime plus.

5 commentaires:

Monoeil a dit…

Honoré nous parle aussi de l'incapacité de ces 3 hommes à communiquer, à aimer ces femmes. Malgré tout ils sont là les uns pour les autres, le père squatte le lit de son petit qui veut pas se lever, force le grand à manger sa soupe, le petit se jette dans la Seine comme son grand frère... Ils ne se parlent pas parce qu'ils en sont incapables, mais ils sont là les uns pour les autres. Christophe Honoré est un homme qui sait filmer les hommes, comme Cukor ou Almodovar filment les femmes; c'est assez rare, il faut le saluer...

James a dit…

que reste-t-il à dire? si, le conte qui clôture l'histoire illustre à merveille la relation des deux frères (même s'il m'a fallu un peu de temps et un peu d'aide pour le saisir pleinement). Ce qui est surprenant est que cette scène finale porte en même temps un message d'espoir (l'histoire faisant référence au rapprochement à l'oeuvre des deux frères), donc tourné vers l'avenir, mais dénote aussi une forme de régression, un retour à l'enfance qui traduit la difficulté à passer à l'âge adulte et à surmonter la mort de la soeur.
Un film magistral en tous cas, avec un très grand Guy Marchand (mais où est passé le Nestor Burma que nous connaissions tous?)

Joseph a dit…

"J'ai connu un garçon comme ça, qui faisait des photos de nus dans son appart tout crade. Mais à l'intérieur de lui, c'était beau comme un lac de montagne."

Une expérience personnelle ?

La Thilde a dit…

Tu es bien curieux Joseph. On se connaît ?

Anonyme a dit…

"j'aurais préféré les tempêtes de l'inéluctable à ta petite idée mimable" une bien jolie sentence...