samedi 4 novembre 2006

Un taxi pour le phare ouest

Dans le trou du cul de la Bretagne profonde, où l'alcool et la consanguinité font des ravages (c'est même mon sujet) un taxi pour fuir. Fuir loin de ces familles endeuillées. La misère c'est pas assez, il leur fallait en plus un petit autiste, un X fragile, un chromosome un peu cassé, un X qui sera jamais le grand gagnant du jeu à être le meilleur du monde. Et la mère qui dit : mon fils, il m'a volé ma vie. Et moi, je peux plus. Je comprends pas pourquoi je devrais assumer ça : la pauvreté déballée, jetée en pature, la vie honteuse racontée dans ses moindres recoins, les vices qu'on excuse d'avance, et l'envie qui vous lorgne dessus, vous, le taxi rutilant qui attend dehors. Je vais pas vous pondre un roman mais la position de spectateur, là, ça commence à bien faire.

Histoire d'hier et d'aujourd'hui

Dans le taxi, il y a G. Le vieux G qui connaît toutes les histoires du coin, les vraies naturellement et les autres surtout, le vieux G qui utilise le subjonctif imparfait en passant les vitesses et en recoiffant les deux mèches qui ont bien voulu rester sur son crâne bosselé. Les histoires de Crapitoulic, le barde errant, il raconte G. La route avale les kilomètres plus vite. Les Monts d'Arrée s'étalent en guirlande le long du ciel moutonneux. La légende du manoir de Lanleya, les Kermoysan de Goasmap, les Le Rouge de Penanjun, les La Grue de la Frufière et les Kerlech de Trésiguidy. Les corsaires du Roy, les grandes marées et les morte-eaux. Ouvrez large vos écoutilles moussaillons. L'amour de Jean, marin sans peur, pour Hénora la brune. Le départ pour Ouessant. La solitude de la femme. Son enfant mal né. "Et à travers les claires prunelles, le drapeau de la folie claque au vent de brise et de galerne."

3 commentaires:

James a dit…

Un premier paragraphe vraiment saisissant... Tellement que je n'ai pu m'empêcher d'éprouver physiquement un certain malaise (légèrement bien sûr, on atteint pas encore une situation d'un niveau tel que décrit par Palahniuk ou Davidson, cf Teknikart octobre)Effectivement il y a des moments où le fait d'être un simple témoin doit être frustrant et pas facile à accepter...Il n'en demeure pas moins que ce rôle de témoignage est essentiel.
Sinon quelle chance d'avoir rencontré le vieux G, espèce si rare dans nos contrées parisiennes (quoique, de temps en temps...)! Comme quoi la tradition orale a encore de beaux jours devant elle

ps: décidément, ces X fragiles...

Samski a dit…

très chouette note.

au passage, je crois qu'il s'agit des monts d'Arrée, mais je n'ai pas sû dire si ta faute était volontaire - ce qui est possible...

La Thilde a dit…

Non, non, tu as raison. C'est moche, une faute aussi grossière.